Zone de Texte: 8 PE stagiaires licenciés au centre IUFM d’Amiens en juin 2007

Tableau de la validation des formations au centre IUFM d’Amiens en juin 2007

*6 renouvelés sur proposition du jury académique en juin 06 + 6 prolongés pour congé > 36 jours pendant l’année de PE2.

Des licenciements arbitraires


Zone de Texte: Huit PE2 de la promotion 06/07 étaient sur la sellette à l’issue de la réunion du 1er jury académique qui propose au Recteur soit la validation de la formation des stagiaires soit une contre inspection avant une 2ème réunion où le sort de ces derniers est définitivement décidé. Parmi ces huit PE2,  quatre ont contacté notre syndicat. Le jury académique dans sa 2ème réunion a finalement proposé la titularisation de l’une de ces collègues. Pour les trois autres, le licenciement a été proposé.
Le SNUDI-FO a immédiatement alerté les stagiaires de l’IUFM des licenciements de leurs collègues. Cinquante d’entre eux ont signé une pétition demandant qu’une deuxième chance (une année de renouvellement) soit donnée à leurs camarades. Cette pétition a été remise au Recteur de l’Académie.
Des trois dossiers que nous avons pu étudier, il ressort qu’aucune faute professionnelle n’a été commise. Certains d’entre eux, font même état de qualités professionnelles indéniables. De nombreux stagiaires ont fait part de leur incrédulité devant la proposition du jury académique, des formateurs de l’IUFM ont aussi été surpris par ces décisions. Les éléments ci-dessous vous convaincront de l’arbitraire  des licenciements de ces stagiaires.


Zone de Texte: Licenciée à cause d’une intervention chirurgicale


Zone de Texte: La première de ces collègues (25ème sur la liste principale du concours 2006 sur 383 reçus) subit une intervention chirurgicale au mois de mars, elle est placée en congé maladie pendant 22 jours jusqu’aux vacances du mois d’avril. Elle est encore en convalescence pendant les vacances et à la rentrée, elle ne parvient pas à rattraper tout le retard pris dans ses écrits (modules d’enseignement et mémoire professionnel), à combiner ces tâches avec les cours et le stage filé sur lequel elle est aussi visitée. L’administration lui offre un délai supplémentaire pour le mémoire qui ne suffira pas pour qu’elle rende un  travail achevé.  Le jury académique aurait pu estimer qu’une année supplémentaire lui permettrait d’achever sa formation… C’est le licenciement qu’il a proposé.
Cette collègue, s’estimant injustement licenciée, a finalement décidé de s’orienter vers une autre branche professionnelle et de ne pas agir contre cette décision.


Zone de Texte: Licencié malgré les félicitations du jury pour son mémoire


Zone de Texte: Y. S. est reçu 83ème sur la liste principale au concours 2006 de professeur des écoles. Sa volonté d’enseigner en école primaire a été longuement mûrie par son expérience de professeur contractuel de lettres modernes en collège et de philosophie en lycée dans l’Académie de Marseille. Il s’est largement investi pendant son année à l’IUFM d’Amiens tant du point de vue de sa formation que par rapport aux camarades de son groupe.
 Les écrits qu’il présente lui valent les éloges de ses formateurs : La réflexion qu’il rédige sur « Le chant dans la classe » est jugée très satisfaisante, un autre écrit « le rôle éducatif de l’ATSEM », jugé aussi satisfaisant, soutenu devant les formateurs lui vaut l’observation suivante : « intervention orale excellente », son mémoire professionnel titré « la littérature à l’école maternelle : un enjeu culturel », jugé très satisfaisant également , lui donne  les « félicitations du jury ».
Toutefois, des formateurs à l’IUFM lui reprochent le fait d’avoir enseigné dans le second degré. 
Il assure son stage filé au CE2 de l’Ecole Jacques Brel d’Etouvie, école classée en ZEP. Son élection de délégué de classe lui permet d’exprimer, auprès de Madame Campoli, directrice de la formation à l’IUFM d’Amiens, les inquiétudes et les difficultés, partagées par tous les professeurs des écoles stagiaires, en stage en ZEP, d’apprendre leur métier dans ce type de classe. La directrice lui assure qu’il en sera évidemment tenu compte lors de la validation de stage, étant elle-même bien consciente de ces difficultés. Des formateurs conseillent d’ailleurs, dans le cadre des stages en ZEP, de proposer aux élèves un enseignement plus systématique capable de recentrer leur attention sur des travaux individuels.  C’est aussi ce qu’on reprochera à Y. S. qui ne valide pas son stage au motif que « les élèves sont cantonnés dans des rôles d’exécutants ». Il lui sera notifié une proposition de licenciement après que M. Teetaert, IEN de la circonscription, l’ait inspecté, à la demande du jury académique, le  mardi 26 juin, jour où il n’est pas dans la classe habituellement.

…/…

Zone de Texte: Licenciée après avoir enseigné pendant 6 mois avec brio en SEGPA


Barbara Bréart est reçue sur la liste complémentaire du concours PE en 2005. Elle est recrutée en janvier 2006 et assure un remplacement jusqu’à la fin de l’année scolaire à la SEGPA du collège du Ponthieu d’Abbeville. Les enseignants et le directeur de la SEGPA, quand ils apprennent la menace de licenciement qui pèse sur leur ancienne collègue font part au Recteur de l’Académie de leur incompréhension devant cette décision dans les termes suivants :

Témoignages de soutien

Courrier de Joël Feray, directeur de la SEGPA en 2005/2006 : « Devant une classe de 4ème très difficile à gérer, Mlle Bréart a su faire preuve d’autorité, de fermeté et d’intelligence. Le calme a été ramené et les enfants ont été remis au travail. Le niveau scolaire a très nettement remonté, notamment en mathématiques. J’ai reçu et échangé avec M. Penhouët, conseiller pédagogique, au cours d’une de ses visites. Nous avons convenu ensemble que Mlle Bréart, enseignante débutante sans formation, avait correctement rempli sa mission dans un contexte très difficile. […] Dans la communication avec les familles, j’ai trouvé que Mlle Bréart utilisait un registre de discours favorisant la confiance et le respect. […] Je conclurai en disant que Mlle Bréart est une des meilleures enseignantes que j’ai rencontrée au cours de ma carrière de directeur et je suis persuadé que sa situation mérite dans l’intérêt, dans l’intérêt de l’Education nationale, d’être réexaminée avec bienveillance. »

Courrier des 3 PE et des 3 PLP de la SEGPA : « A son arrivée, Melle Bréart a trouvé des classes ayant perdu tout repère dans les matières qu’elle enseignait […] Elle a su intéresser les élèves, les valoriser, leur redonner le goût de l’étude et les aider à se projeter dans leur avenir professionnel. Elle a largement contribué à la réussite de la plupart des 3ème au CFG. […] Melle Bréart n’a ménagé, ni son temps, ni sa peine, et a montré une capacité certaine à enseigner dans le domaine de l’ASH, prenant en compte la globalité des apprentissages, pratiquant une pédagogie adaptée aux différentes situations et groupes dont elle avait la charge. Jeune collègue, Melle Bréart s’est intégrée avec une aisance surprenante à l’équipe pédagogique […] Elle a aussi largement contribué à l’unité de l’équipe pédagogique […] Elle a également largement contribué à l’image très positive de la SEGPA au sein du collège, vis-à-vis de notre hiérarchie et auprès des parents.

Monsieur le Recteur, nous voulons par la présente vous dire que nous ne comprenons pas comment une collègue ayant fait preuve d’une telle capacité à travailler efficacement  et avec un grand sens de la pédagogie différenciée auprès des jeunes en difficulté, à relever dans de brefs délais une situation qui semblait compromise, à s’intégrer dans l’équipe de telle sorte que nous ne l’avions jamais considérée comme une « débutante », nous ne comprenons pas que cette collègue soit tout simplement licenciée à l’issue de son année de formation à l’IUFM. Aussi nous vous demandons de reconsidérer les faits qui ont amené  une décision qui nous apparaît d’une grande injustice. »

Les ennuis commencent

L’année de formation à l’IUFM pendant l’année 2006-2007 de Barbara Bréart se déroule sans aucun souci. Ses écrits professionnels (modules d’enseignement et mémoire) sont validés. Deux d’entre eux sont jugés très satisfaisants.

Ses ennuis commencent le 6 juin 2007, où, lors de la réunion de validation de son stage en responsabilité, Madame Myriam Pagnier, conseillère pédagogique de la circonscription d’Amiens 4, fait état d’un courrier de parents de la classe de CM2 de l’Ecole Saint Roch A à l’Inspection, classe où Barbara Bréart est en stage filé. Elle lui apprend également que la directrice de l’Ecole, Isabelle Briet, a également fait un rapport, sur le climat dans la classe et sa façon de faire classe. A ces motifs, le stage n’est pas validé. Une visite complémentaire est donc organisée. Les formateurs de l’IUFM assurent Barbara Bréart que ce ne sera qu’une pure formalité. Le directeur de l’Ecole annexe de l’IUFM annonce à Barbara Bréart que la visite aura lieu le mardi 12 juin et rassure également la stagiaire en lui confirmant le caractère purement formel de la visite, qu’elle  sera jugée sur la tenue de la classe. C’est dans cette optique que Barbara Bréart prépare cette visite, comme lui recommande également le directeur de l’Ecole annexe.

La visite du 12 juin ne se déroule du tout comme prévue. Lors de l’entretien qui suit, les formateurs interrogent la stagiaire sur la séance, lui précisant clairement qu’il fallait qu’elle mette de côté le fait que la classe soit difficile et qu’elle s’attache à répondre aux questions sur sa pédagogie présentée. Les formateurs écrivent dans leur rapport : « Dans un contexte difficile, des difficultés à mettre en œuvre une pédagogie qui donne du sens et mobilise les élèves ». Le stage n’est pas validé. Le jury académique, lors de sa 1ère réunion  désigne Mme Billiet, inspectrice de la circonscription, pour une contre inspection.

L’inspection

Celle-ci aura lieu dans un contexte complètement défavorable à Barbara Bréart. Elle est prévue le mardi 29 juin au moment où les enfants de la classe sont normalement pris en charge en EPS par un intervenant. Les élèves de la classe de CM2 constatent donc que cette séance (la dernière de l’année) est supprimée (l’administration avait pourtant téléphoné pour se renseigner sur les activités de la classe, elle connaissait l’existence de ce créneau d’EPS, elle avait même inscrit que la visite ne devait avoir pas lieu à ce moment là).

 Des parents d’élèves viennent aussi voir la stagiaire à propos d’une altercation survenue entre des élèves de la classe la veille pendant la récréation. Le désaccord entre les élèves, ravivé par la venue des parents, ajoutera à la mauvaise ambiance pendant ce début de matinée, le premier quart d’heure de classe est ainsi consacré à régler ces deux  problèmes avant de commencer la leçon d’histoire prévue. Un élève particulièrement perturbateur a même dû être exclu et pris en charge par la directrice de l’école.

N’importe quel enseignant, dans les mêmes conditions, aurait connu des difficultés à faire classe.

L’inspectrice ne tiendra aucunement compte de ce contexte particulier dans son rapport. Elle conclut, au contraire que  Barbara Bréart «  se révèle incapable d’assurer la sécurité des enfants au sein de la classe. »  Elle avait pourtant connaissance de tous les éléments de ce contexte.

Encore des soutiens

Treize stagiaires du groupe de Barbara Bréart ont aussi spontanément adressé un courrier au Recteur quand ils ont appris que leur collègue avait été licenciée. Voici ce qu’ils écrivent :

« Nous tenons à apporter notre soutien à Barbara Bréart. En effet, nous l’avons côtoyée tout au long de l’année durant notre formation professionnelle au sein de l’IUFM d’Amiens. Barbara a fait preuve d’un investissement total et constant,

Zone de Texte: aussi bien d’un point de vue professionnel que personnel. Elle a toujours été assidue et ponctuelle. Barbara était un élément moteur de notre groupe de travail. Son enthousiasme, sa motivation et son implication nous a tous aidés à nous construire professionnellement. De plus, elle nous a largement fait profiter de son expérience du terrain, ayant été recrutée sur liste complémentaire et affectée principalement en SEGPA. Nous sommes très surpris de la décision prise à son égard, que nous ne comprenons pas. Nous nous engageons nominativement à témoigner, si besoin est, de son engagement, de ses qualités et de sa volonté d’exercer le métier de professeur des écoles. »


L’impossible défense

La défense syndicale des licenciements à l’IUFM n’est pas reconnue par l’administration de l’Education Nationale. Notre syndicat a bien entendu demandé une entrevue au Recteur qui signe les arrêtés de licenciement, de renouvellement et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires. Celui-ci a répondu à notre demande d’audience en ces termes : « En la circonstance, il ne m’appartient pas de m’instituer, en instance d’appel et de remettre en cause les décisions du jury académique dont je me porte au contraire garant de la pleine et entière souveraineté. Aussi, si je peux comprendre votre préoccupation, je ne partage pas le sens de votre démarche. »

Notre syndicat ne renoncera pas, pour autant, à défendre les PE stagiaires injustement licenciés, nous aiderons ces collègues à rédiger les recours gracieux auprès du Recteur et nous informerons largement la profession sur les dérives des conditions de formation des professeurs des écoles stagiaires à l’IUFM et au cours des stages, notamment pendant les stages filés.

Notre syndicat a également rencontré le Préfet et l’a informé des conditions de licenciement de ces trois stagiaires et du refus du Recteur de recevoir une délégation syndicale sur ces problèmes. Le représentant de l’Etat dans le département a indiqué qu’il rendrait compte de notre démarche et qu’il transmettrait la demande de l’Union départementale FO et du SNUDI au Recteur de l’Académie.

Des enseignants et des stagiaires ont déjà adressé au Recteur des pétitions ou des courriers exprimant leur sentiment d’injustice par rapport à ces licenciements ou leur opposition à ces décisions. La multiplication de telles prises de position peut contraindre le recteur à se pencher plus en détail sur ce problème.

 

Alors, si ces licenciements qui relèvent de l’arbitraire vous révoltent vous aussi, n’hésitez pas, avec vos collègues dans les écoles, à manifester par écrit au recteur votre soutien à ces stagiaires injustement sanctionnés !

Quelques précisions d’ordre juridique et réglementaire.

Des âmes bien intentionnées avancent qu’il y aurait « un vice de forme » dans le licenciement des PE stagiaires quand l’inspection ordonnée par le jury académique durant sa première réunion est effectuée par l’Inspecteur de la circonscription où le stagiaire effectue son stage. L’article 5 de l’arrêté du 2 octobre 1991 précise simplement que «  le président du jury désigne l’un de ses membres pour procéder à une inspection, devant une classe ». Cet argument ne tiendrait donc pas devant la juridiction administrative.

Par contre, le problème de la « souveraineté du jury » est posé parce que celui-ci examine les dossiers des stagiaires à partir d’éléments fournis par des personnes qui sont à la fois juges et parties dans la formation. Les règles d’anonymat qui existent dans les concours de la fonction publique ou dans les examens ne sont pas établies à l’IUFM.

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